TEST°1

Le public reçoit. Assis·e, patient·e, attentif·ve ou dissipé·e, à l’instant précis où il choisit d’entrer dans une salle de spectacle, il sait qu’il deviendra spectateur·rice de ce que nous aurons considéré comme art. Les performeur·euses donnent. Sur scène, sous les lumières, ils bougent, agissent, savent comment faire, puis se retirent. Et c’est terminé : cela n’existera plus jamais, du moins jamais de la même manière.

C’est précisément pour cela que l’art vivant touche autant. Par nature, il s’inscrit dans nos relations et nos activités, en définissant un début et une fin. Performeur·euses et spectateur·rices se situent alors sur un même plan, comme l’évoquait Merce Cunningham : un art fondé sur l’espace, mais surtout sur la présence des corps.

Depuis plus d’un demi-siècle, les espaces de représentation pour la danse et le théâtre ont été repensés. Des artistes ont exploré de nouvelles perspectives : comment un·e spectateur·rice perçoit une œuvre placé·e autour de la performance, derrière elle, ou au cœur de celle-ci ? Certain·es vont jusqu’à imaginer une participation directe du public, lui donnant un rôle actif. D’autres encore ont fait entrer la performance contemporaine dans la rue, les parcs, les espaces publics, à l’image de Trisha Brown dans les années 1960, ou plus récemment de Boris Charmatz. Ces transformations ont profondément modifié les perspectives visuelles offertes au public, ainsi que son rôle dans l’expérience artistique.

Inspirée par ces questionnements, je souhaite créer une performance pluridisciplinaire hors des cadres légitimes de l’art contemporain. Soucieuse de rendre cet art, souvent perçu comme élitiste, plus accessible, et désireuse de travailler les points de rencontre entre arts vivants et arts plastiques, deux axes majeurs guident ma création : les perspectives et l’improvisation.

Comment un art peut-il devenir la cause ou la conséquence d’un autre ?

Comment coexister dans un même espace et un même temps sans tout prédéterminer ?

Comment le croisement des arts peut-il susciter l’intérêt d’un public plus large ?

Et comment rendre ce public acteur et actrice de la performance par sa seule présence face à une improvisation ?

De ces questionnements est né ce projet, provisoirement intitulé TEST. Je souhaite y expérimenter, avec différents artistes, des formes multiples d’improvisations, et confronter cette recherche à un public non averti, en l’inscrivant dans la rue ou dans des espaces non conventionnels (salle occupée, théâtre de quartier, école…).

Ce projet, encore en réflexion et voué à évoluer, ne se limite volontairement à aucun art. La danse constitue la base de ma créativité et restera, je l’espère, toujours présente. Actuellement (novembre 2025), je travaille également avec la peinture et la musique. La danse se déploie sous une forme contemporaine, toujours adaptée à la personne qui la pratique. La peinture, abstraite, bleue et rouge, s’inscrit sur de grands papiers de cinq mètres sur cinq mètres, directement sous les pieds de la danseuse. Pour ce premier TEST, la musique est électro : elle permet une large palette de sonorités et génère une atmosphère singulière. Ces trois arts deviennent les piliers d’une improvisation proche d’une jam session.

S’y ajoutent la vidéo et la photographie, pour partager d’autres points de vue. La vidéo retransmettra le mouvement dansé à travers une projection située à distance dans l’espace. La photographie agirait comme un miroir à latence : des images imprimées avec quelques minutes de retard seraient ajoutées dans l’espace. Autour de la performance, certain·es spectateur·rices tiendraient également des miroirs à hauteur de buste, reflétant à la fois l’action et celles et ceux qui la regardent.

Ainsi, le public participe à un test artistique entre différents arts. Il observe le sol et le travail pictural, les mouvements de la danseuse et du vidéaste, puis les musicien·nes à gauche ou à droite. En regardant la projection, il découvre un nouveau point de vue dont il comprend la position. En se voyant dans un miroir ou sur une photographie, il perçoit sa propre présence au sein de ce moment artistique. En voyant, il est vu : il devient, par essence, partie prenante de la performance.

Cette performance n’a pas vocation à raconter une histoire, ni à transmettre un sentiment précis. Elle se veut plutôt une ode au plaisir de créer, de proposer, se surprendre, partager, grâce aux possibilités infinies de l’improvisation. Elle constitue aussi une tentative, que j’espère délicate, d’inclure un·e spectateur·rice aléatoire dans un moment artistique, à travers les multiples perspectives qui s’offrent à lui.